Vie du réseau

Rencontre avec Benjamin Griveaux, Secrétaire d'Etat auprès du Premier Ministre et Porte-parole du Gouvernement

  • Source : Romuald MEIGNEUX
  • Crédits photos : Romuald MEIGNEUX

Jean-Louis SCHILANSKY, Président du MEDEF Paris, 

Hervé ALLART DE HEES, Président du MEDEF 93+94,

 

sont heureux de vous inviter à

une réunion d'échanges 


avec

Benjamin GRIVEAUX,

Secrétaire d'Etat auprès du Premier Ministre, Porte-parole du Gouvernement

 

Jeudi 11 octobre 2018

de 18h00 à 19h30

 

au MEDEF 

55 avenue Bosquet 75007 Paris

 

Temps de lecture 8min.

LE PARI(S) DE BENJAMAIN GRIVEAUX

Le MEDEF Paris a lancé le 11 octobre dernier son nouveau rendez-vous des MEDEF Paris Talks, avec comme invité, Benjamin Griveaux, Secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre et porte-parole du Gouvernement.
Retour sur cette réunion et entretien exclusif.

Le 11 octobre dernier, répondant à l’invitation lancée par le MEDEF Paris et le MEDEF de l’Est Parisien, Benjamin Griveaux, secrétaire d’Etat auprès du Premier Ministre, porte-parole du gouvernement et député de la 5e circonscription de Paris, est venu s’exprimer devant une salle comble.

Accueilli par Geoffroy Roux de Bézieux, Président du MEDEF, Jean-Louis Schilansky, Président du MEDEF Paris et Pascale Moortgat, Vice-présidente du MEDEF 93/94, Benjamin Griveaux est revenu sur les changements initiés par l’action gouvernementale depuis 18 mois avant de répondre aux interrogations de quatre chefs d’entreprise lors de deux sessions distinctes : la France en mouvement et l’avenir de Paris. Remerciant très chaleureusement Benjamin Griveaux de sa présence à quelques jours d’un remaniement gouvernemental rendant l’agenda ministériel incertain, Jean-Louis Schilansky a rappelé combien il est important pour les entrepreneurs parisiens de pouvoir dialoguer avec des membres du gouvernement dans le cadre d’un échange franc et direct, toujours très apprécié. Après avoir à son tour remercié l’assistance, Benjamin Griveaux a souhaité commencer par remettre en perspective ce qui a été fait depuis 18 mois, un exercice auquel il s’est régulièrement livré les
derniers temps auprès d’investisseurs étrangers pour défendre l’attractivité de la France, en particulier dans le cadre du Brexit.

Benjamin Griveaux : « Veiller à l’attractivité du pays pour faire par exemple revenir les banques en France, est l’une des missions qui m’incombent à Bercy et que je poursuis outre- Manche voire outre-Atlantique. Il m’appartient de porter la parole du gouvernement auprès d’un certain nombre d’acteurs étrangers en vue de les convaincre qu’il se passe quelque chose en France. De façon à être plus percutant dans mon argumentation, j’ai classé les actions mises en place en trois révolutions :

〉〉 La première est de nature politique. En effet, le changement du paysage politique a été drastique. J’en veux pour preuve le fait qu’aujourd’hui à l’Assemblée nationale, 92 % de nos parlementaires (dont 48 % de femmes) ne l’avaient jamais été auparavant. Ils sont jeunes, principalement issus de la société civile (commerçants, artisans,
salariés, exploitants agricoles…) et mènent une révolution à bas bruit, portés par une façon de travailler radicalement différente en particulier dans la manière de construire et de tester les textes. Pour exemple, le projet de loi PACTE a été conçu par six binômes constitués chacun d’un chef d’entreprise et d’un parlementaire. Ce dispositif a permis un travail d’amélioration du texte avant sa présentation.

〉〉 La deuxième révolution est celle de la réconciliation. L’année dernière, nous avions l’obsession d’aller très vite sur deux sujets : le capital et le travail en se gardant de choisir l’un ou l’autre. Une erreur faite alternativement jusque-là selon que l’on était de droite ou de gauche et sans obtenir ni l’un ni l’autre. Nous avons donc mené une première réforme du code du travail qui, par les ordonnances adoptées, a permis de réintroduire un peu plus de liberté dans les textes. Cette réforme s’est vue doublée de celle de la fiscalité qui est une réforme toujours compliquée à mener en France.

〉〉 La troisième révolution porte sur l’organisation plus efficace des sécurités collectives telles que posées par le Conseil National de la Résistance. Comment adapter notre modèle social pour qu’il soit plus en phase avec les mutations du monde du travail, sachant que ma génération aura des carrières moins linéaires que la génération
de mes parents, et que celle qui me suit n’aura pas de carrières linéaires du tout. Tout ceci interroge nos protections face au chômage et à la retraite et renvoie à ce qui a été mis en place par Muriel Pénicaud sur les questions de la compétence, de la formation, de l’apprentissage et de l’assurance chômage. Je veux rappeler ici que les
trois éléments qui font la France sont pour les français : la Marseillaise, le Drapeau et la Sécu. Cet attachement français - mais aussi européen – pour notre modèle social est le ferment de notre contrat social. Mais il n’est plus adapté aux temps nouveaux et doit être réformé car nous savons que si nous ne parvenons pas à renouer
avec la promesse de mobilité sociale dans notre pays et à redonner un peu d’espérance aux classes moyennes, le contrat social ne fonctionnera plus. On observe à ce titre la montée des populismes. Ils ne sont plus liés à la pression migratoire mais bien au fait que les parents pensent aujourd’hui que leurs enfants vivront moins bien
qu’eux. Voilà le ressort des populismes ! Dans les sociétés européennes, et en particulier française, cette idée est insupportable. C’est pourquoi, à la fin du quinquennat, notre critère de réussite sera d’avoir pu inverser cette tendance et gommer cette conviction. En redonnant de la confiance, on aura gagné la partie. Enfin, la meilleure des politiques sociales reste évidemment l’éducation. »

La France en mouvement

Dans le cadre d’une première session, Paola Fabiani, fondatrice du Groupe Wisecom, spécialisé dans la stratégie de fidélisation et d’acquisition de clients, a rappelé que pour agir, investir ou recruter, un chef d’entreprise a besoin de visibilité à moyen terme sur la politique fiscale (Impôt sur les sociétés, Impôts de production, fiscalité verte) et sociale (charges et dispositifs d’exonérations, SMIC, obligations multiples liées à l’emploi…). Or, parallèlement à la transformation du CICE en baisse de charges, qui devrait conforter la baisse du coût du travail en France, le Gouvernement envisage pour 2019 plusieurs hausses fiscales, celles-là pérennes, en particulier la hausse de la contribution carbone, la fin de l’avantage fiscal sur le gazole « rouge » et la fiscalité des brevets. Cette dernière disposition s’annonçant particulièrement dangereuse au moment où le pays entre de plain-pied dans l’économie de la connaissance dont les brevets sont un élément déterminant. Sans compter la hausse constante des impôts de production et le prélèvement à la source qui incombera dès janvier aux entreprises.

Paola Fabiani : Comment le Gouvernement compte-t-il améliorer à la fois la cohérence et la lisibilité des mesures prises ?

B. G. : Nous suivons un principe assez simple, quand une décision est prise, qu’elle soit de nature sociale ou fiscale, nous ne revenons pas dessus et ce pour toute la durée du quinquennat. Cette règle fixée évite les politiques de Stop-and-Go et assoit un principe de stabilité. Ainsi, nous ne sommes revenus ni sur l’Impôt sur la fortune immobilière, ni sur le Prélèvement forfaitaire unique, ni sur l’impôt sur les sociétés. Il y a par ailleurs une question de visibilité qui suppose un travail de nettoyage des petites taxes. Le principe appliqué est le suivant : à chaque fois que nous instaurons une règle nouvelle, nous en retirons deux de la même taille. De même, nous avons nettoyé les circulaires. Il y en avait 30 000, il n’y en a plus que 20 000 et, force est de constater que le pays ne s’est pas écroulé. Parallèlement, nous avons fortement réduit la voilure en termes de production réglementaire. En simplifiant pour donner de la visibilité, nous étions portés par l’obsession de retrouver de la crédibilité financière
-alors très dégradée- auprès de nos partenaires européens. Nous avons globalement refroidi la dépense ce qui nous a permis de retrouver de la considération. Notre trajectoire aujourd’hui c’est : 5 points de dette, 3 points de dépense publique et 1 point de prélèvements obligatoires. Cette année, le déficit voté est à 2,8 %. Si nous
n’avions pas concédé 20 milliards de trésorerie aux entreprises, nous serions à 1,9. Or, nous assumons parfaitement le fait de mettre de l’argent dans la trésorerie des entreprises. C’est une bonne façon de relancer la machine. A nous de tenir le rythme et nous y veillerons. Nous savons que les transformations, notamment fiscales, vont contribuer à diminuer la dépense publique. C’est pourquoi nous les avons menées tôt. Ainsi, les services fiscaux appelés à être soulagés de la perception de certaines taxes ou impôts (avec le prélèvement à la source ou la suppression de la Taxe d’habitation) auront de moindres raisons d’exister. Sur les brevets, l’élément de compétitivité de notre modèle est une question de mise en conformité avec les règles de l’OCDE car nous devons assumer notre responsabilité économique et commerciale laquelle se fera bientôt à 27 une fois le Brexit effectif. Pour ce qui regarde le prélèvement à la source, les chefs d’entreprise doivent nous aider à accompagner la transformation du pays car le Gouvernement et le Parlement ne pourront rien seuls. Pour avoir travaillé en entreprise, je mesure parfaitement les enjeux et j’en connais le coût, mais c’est votre participation à la mutation du pays et, objectivement, une véritable avancée. Cette réforme, que tant de pays ont mené avec succès, simplifiera considérablement la vie de nos concitoyens et en termes de trésorerie et en termes de visibilité.

Christine Loisy, Directrice générale France de l’enseigne Primark, relève que l’emploi, notamment pour les populations jeunes accédant au marché du travail, est au coeur du projet de gouvernement, avec en particulier la politique de formation, la réforme de l’apprentissage et la Loi dite « Avenir Professionnel ». Primark, qui a embauché plus de 200 apprentis, participe pleinement de cette volonté de faire de l’apprentissage un chemin direct vers l’emploi.

Christine Loisy : Quelles sont sur les mesures à venir pour inciter plus encore les entreprises, notamment celles de plus de 250 salariés, à recourir à l’apprentissage ?
B. G. : « Les enseignes telles que la vôtre sont les premiers employeurs de jeunes peu qualifiés, ceux à qui l’ont dit qu’il faut d’abord de l’expérience pour pouvoir travailler… Ce travail d’utilité sociale que vous menez n’apparait pas dans vos bilans comptables mais il est pourtant essentiel sachant par ailleurs que le commerce est l’un des secteurs de la mobilité sociale. Il est exact que le projet de loi PACTE est d’abord conçu pour les PME et TPE. Nous l’assumons parce que nous savons que l’une des raisons du déficit de notre commerce extérieur c’est que nous disposons de 3 fois moins d’ETI que nos voisins allemands (ils sont à 11 000 quand nous sommes à 4 500)
et deux fois moins que nos amis britanniques ou italiens. Notre obsession dans le cadre de ce projet de loi était donc de permettre aux PME de grandir pour devenir
des ETI. C’est aussi pourquoi nous menons tout un travail sur la numérisation, l’accompagnement à l’export, les questions de transmission… Nous allons renforcer l’ensemble de ces éléments qui contribuent à faire grandir les boites. Sur la loi « Avenir Professionnel », que vous évoquez, le ministre de l’Education, Jean-Michel Blanquer avait, déjà du temps où il était directeur général de l’ESSEC, mis l’apprentissage au coeur de ses options pédagogiques, preuve s’il en fallait qu’il croit en ses vertus.
Nous avons eu à la rentrée 2018, 45 % de demandes supplémentaires de cursus en apprentissage par rapport à 2017. La très bonne entente entre les ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et du Travail a manifestement beaucoup contribué à faire avancer les choses. Par ailleurs, même si le rôle de l’Éducation nationale est évidemment d’éveiller les consciences, il est aussi de préparer à la vie professionnelle. C’est pourquoi il est bon de faire tomber les barrières mentales entre ces différentes administrations qui ne doivent plus travailler en silo mais en réseau. Ce sont là des révolutions qui, si elles sont invisibles, sont pourtant centrales. » D’autre part, à la fin de cette première session, Benjamin Griveaux a rappelé l’urgence qu’il y a à faire tomber les barrières mentales et culturelles à la fois pour sortir des fantasmes et pour veiller à féminiser certains secteurs. « Quand Areva a besoin de fabriquer des cuves nucléaires – travail d’une très grande complexité, il faut des soudeurs. C’est un invariant. Il faut donc faire de la pédagogie pour réussir à attirer et former des compétences en rappelant combien l’industrie française est un fleuron. On est loin de Germinal ! En parallèle, une réflexion est actuellement engagée sur le stage de troisième dont on sait qu’il ne vaut que si les parents ont un réseau. Il faut faire découvrir l’entreprise et expliquer la réalité des métiers à des jeunes qui n’ont pas forcément le capital social et culturel pour ce faire.(1) » (1) La plateforme dédiée aux jeunes sans réseau qui cherchent un stage de troisième et qui était opérationnelle depuis mi-juillet pour le dépôt des offres, est accessible aux collégiens depuis le jeudi 18/10. Elle sera alimentée en continu par des entreprises et administrations. En mai dernier, Emmanuel Macron avait annoncé que 15 000 stages de troisième seraient proposés par les entreprises et 15 000 autres par l’Etat pour en faire profiter les jeunes des quartiers en difficulté, en réseau d’éducation prioritaire renforcée – N.D.L.R

Fahim Saidi, Président de UC Group, pure player de la transformation digitale, évoquant le Classement Forbes 2017 sur l’attractivité des grandes villes pour les start-ups sur cinq critères (taille des villes, accessibilité financière, avantages sociaux et fiscaux, niveau de salaire et écosystème), a rappelé que Paris ne figurait qu’à la 17 place sur 50.

Fahim Saidi : Qu’est-ce que la Ville de Paris ou la Métropole du Grand Paris peuvent mettre en place en termes de mobilité alternative pour attirer les talents ? Est-il utopique de penser à une fiscalité préférentielle en faveur des start-ups ? Qu’apporterait la Métropole du Grand Paris en termes d’immobilier d’entreprise et de coût du logement ?

B. G. : Concernant le Classement Forbes 2017 sur l’attractivité des grandes villes pour les start-ups, nous sommes tout de même dans le premier tiers… J’aime à voir le verre à moitié plein, même si j’ai conscience qu’il nous faut progresser. Pour ce qui concerne votre question fiscale, nous sommes stricto sensu sur des sujets de politique nationale. Sur la question du foncier, il faut faire en sorte que l’on puisse aisément travailler à Paris où nous disposons effectivement de 800 000 m² de bureaux vides mais dans des bâtiments haussmanniens, c’est-à-dire ce qu’il y a de pire pour des start-ups. L’offre immobilière n’est donc pas au niveau des attentes. Par ailleurs, par effet de marché, les loyers augmentent dans les villes attractives. Il faut donc réguler de façon à avoir des m² de bureaux adaptés aux besoins et la capacité d’y maintenir les classes moyennes. Une ville qui se dépeuple de ses classes moyennes est une ville qui meurt. Des classes ferment dans les écoles du coeur de Paris où nous comptons 3 000 enfants en moins cette rentrée scolaire. Ce n’est donc pas une problématique propre au territoires ruraux. C’est un mouvement de fond ancien à Paris et qui soulève un certain nombre de questions : quelle politique de logement construire ? Quelle politique d’attractivité ? Comment mettre en place des incubateurs ? Un écosystème intelligent ? Nous devons pouvoir penser une organisation pertinente du territoire parisien et grand parisien, dans le cadre, non pas des 2,2 millions de parisiens enclos à l’intérieur du périph, mais d’un ensemble de 8 millions d’habitants. Toutes les grandes capitales européennes ont des tailles critiques bien plus importantes que
Paris. Nous devons nous aligner pour accroitre notre attractivité. Enfin, sur la question des mobilités alternatives, il ne me parait pas opportun de réouvrir les voies sur berges qui seront de toute façon très régulièrement submergées en raison d’incidents climatiques désormais probablement récurrents. Il faudra proposer une alternative crédible de transports publics portée par une offre beaucoup plus ambitieuse en termes d’infrastructure. J’ai la conviction qu’il est plus malin d’investir sur le réseau, le cadencement ou les voies dédiées, que de proposer de la gratuité. De même, la voiture autonome qui permet de développer de la mobilité alternative et de préserver l’environnement est un sujet particulièrement intéressant pour les grandes métropoles. C’est sur l’ensemble de ces propositions qu’il faut continuer à réfléchir accompagné
des exécutifs municipaux et de l’État qui ont chacun un rôle crucial à jouer. »

Les chefs d’entreprise présents dans la salle se demandent comment réussir à faire de Paris une marque encore plus attractive. 

Si la France reste la première destination touristique au monde, elle n’est pas le pays dans lequel les touristes dépensent le plus d’argent. Quels sont les chantiers menés pour redonner ici de l’attractivité à Paris ?

B. G. : Il y en a de nombreux ! En premier lieu sans doute faire en sorte que la Gare du Nord soit moins laide. Le choc est en effet rude quand on arrive de la Gare de Saint-Pancras ! Il y a un autre sujet, porté en son temps par Emmanuel Macron alors ministre de l’Économie, c’est la question de l’ouverture dominicale. Nous avons désormais du recul sur le sujet puisque le décret d’application date de l’été 2015. Nous savons que le panier moyen d’un client à Paris est de 38 euros, un montant peu élevé que les touristes payent en liquide ce qui ne permet pas d’en avoir une traçabilité car ces dépenses passent sous le scope. La détaxe, quant à elle, est à 175 euros ce qui, là encore, ne permet pas d’identifier tous ceux qui effectuent de petits achats. Il faut donc procéder autrement de façon à avoir une visibilité plus fine. Par ailleurs, il faut aller plus loin dans l’ouverture dominicale et notamment s’affranchir du zoning qui est illisible et reste une aberration pour un touriste. Sans compter que le commerce c’est d’abord du flux ! Il faut donc lancer une grande opération que l’on pourrait éventuellement baptiser Yes, weekend, où Paris serait ouvert partout le dimanche avec évidemment des contreparties salariales. Ceci permettrait aussi de désengorger certains quartiers qui, parce que le shopping y est possible le week-end, concentrent toute la masse touristique. Le dimanche est sans conteste un jour à part. Il faut garder cette tradition et ainsi laisser à chacun la liberté d’ouvrir ou pas. Les commerçants sont à ce titre les plus à même de déterminer si une ouverture dominicale est utile ou pas. Ce que nous savons en l’état, c’est que c’est évidemment plus de chiffre d’affaires, des emplois créés et davantage d’attractivité pour Paris, par ailleurs en concurrence avec ces autres villes de congrès que sont Londres ou Barcelone et dans lesquelles il est possible de faire du shopping le week-end. Il ne faut donc pas que Paris se prive de cette clientèle de qualité au fort pouvoir d’achat que sont les congressistes. Nous observons que les choses sont en train de bouger car initialement la majorité était très hostile à l’ouverture dominicale parisienne. Or, aujourd’hui, dans la concertation, des zones entières sont tombées.

INTERVIEW

«Le Gouvernement, Paris et moi »
Le style Griveaux

Le Gouvernement vient d’être remanié. Est-ce une nouvelle orientation ou une continuité des actions menées par le Gouvernement la première année ?

Ce n’est pas un changement de cap. La nouvelle équipe va poursuivre les transformations engagées depuis un an et demi, qui sont des transformations en profondeur, qui s’inscrivent sur le temps long. Nous avons fixé et inscrit dès le premier budget du quinquennat des priorités : tout faire pour que le travail paye mieux, mettre le paquet sur l’éducation, la formation, la sécurité, l’environnement. Pour être efficace, l’action publique doit être conduite avec constance. C’est ce que les Français attendent de nous. 

En quoi la politique du gouvernement est une politique de l’offre vs une politique de la demande ? 

Avant de redistribuer des richesses, il faut d’abord en produire. C’est pour cela que notre priorité, c’est de renforcer la capacité de production de nos entreprises. Nos entrepreneurs ont du talent, de l’énergie, de la créativité, mais ils sont  empêchés par de multiples freins. Notre politique, c’est donc de lever ces freins, pour leur permettre de grandir et de créer des emplois. Cela fera reculer le chômage, et in fine, cela stimulera aussi la demande.

LREM a lancé « Paris & Moi ». Il y a un déficit de collectif à Paris. Pourquoi n’est-ce pas « Paris & Nous » ?

Avec « Paris & Moi », ce qu’on veut interroger, c’est le rapport intime des Parisiens à leur ville : qu’est-ce qui, pour chacune et chacun d’entre eux, fonctionne ? Qu’est-ce qui ne fonctionne pas ? L’idée, c’est de partir du ressenti à l’échelle individuelle, pour identifier les enjeux et les attentes. Après, c’est bien sûr de façon collective que nous devrons construire les réponses.

À quoi pourrait ressembler votre Paris idéal ? Celui dans lequel, comme parisien, vous auriez plaisir à vivre, travailler et respirer (transport, numérique, logement, propreté, offre pour les plus petits, diversité, offre culturelle, ville respirable…) ?

Une ville dans laquelle chacun puisse trouver sa place et s’épanouir. Une ville fidèle à son histoire et sa valeur, et dans le même temps capable de se tourner vers l’avenir.
 

Vous êtes à l’origine de la création de deux entreprises et vous avez travaillé dans une grande. En quoi cette expérience est-elle utile à votre action politique ? 

L’action publique s’est trop longtemps focalisée sur le « dire », et pas assez sur le « faire ». Ce que j’emporte de mon expérience dans le privé, c’est une obsession de l’exécution. L’idée qu’il ne suffit pas de faire de grandes annonces : encore faut-il qu’elles soient suivies d’actes.
 

Quelles sont les qualités indispensables d’un bon porte-parole de gouvernement ?
S’il n’y en avait qu’une, ce serait la pédagogie. Il faut aimer expliquer les choses, et ne pas rechigner à les répéter 5 fois, 10 fois, 100 fois. Parce que ce n’est qu’en martelant les messages qu’on peut espérer les faire passer. Et puis il faut avoir une bonne mémoire, parce qu’on doit retenir des milliers d’informations chaque jour. Heureusement, j’ai plutôt de la chance de ce côté-là !

❚❚Propos recueillis par Nathalie Zimr

MINIQUESTIONNAIRE DE PROUST

LE PRINCIPAL TRAIT DE MON CARACTÈRE ?

L’optimisme. C’est d’ailleurs l’autre nom du progressisme, qui est la confiance en notre capacité de faire toujours mieux.

MON PRINCIPAL DÉFAUT ?
La gourmandise ! Mais je faisattention et un peu de sport !

QUEL SERAIT MON PLUS GRAND MALHEUR ?
Ne plus avoir assez de temps pour ma famille. J’ai deux enfants de 4 et 6 ans, c’est essentiel pour moi de continuer à passer du temps avec eux.

MES AUTEURS FAVORIS ?
J’en ai beaucoup ! Romain Gary, Bret Easton Ellis, Michel Houellebecq… Mes goûts sont assez éclectiques.

MES COMPOSITEURS PRÉFÉRÉS ?
Je suis un grand fan des Doors et de Nirvana, Benjamin Biolay aussi ou Alain Bashung.

LA RÉFORME QUE J’ESTIME LE PLUS ?
Le dédoublement des classes de CP et CE1 dans les quartiers défavorisés, parce que c’est à cet âge-là que se jouent les inégalités de destin. C’est la plus grande mesure de justice sociale qui ait été prise depuis 30 ans.

LE DON DE LA NATURE QUE JE VOUDRAIS AVOIR ?
Ne pas avoir besoin de sommeil, pour pouvoir vivre toutes mes vies au maximum : celle de porte-parole du gouvernement, mais aussi celle de père, d’époux, d’amis…

ÉTAT D’ESPRIT ACTUEL ?
Positif, comme toujours.

FAUTES QUI M’INSPIRENT LE PLUS D’INDULGENCE ?
Les fautes qui viennent d’une prise de risque.

MA DEVISE ?
« L’avenir n’est pas ce qui va arriver mais ce que nous allons faire. » (Henri Bergson)